
Mère de 5 enfants, dont le dernier a fait son CM2 à Anne de Guigné l’année de l’ouverture, on m’a demandé de m’occuper de la partie Spectacle dès le début de l’aventure. J’ai monté avec bonheur « le Noël de Loupio » puis ai passé la main à Solange, ne gardant « que » la partie Costumes des spectacles. L’arrivée de Pauline, comme chef de chœur, a permis de passer un cap au niveau musical.
À 2 spectacles par an (celui de Noël plus spirituel, celui de fin d’année plus culture populaire), la charge de travail est conséquente; d’autant que nous sommes passés de 18 à 33 élèves cette année, soit 44 costumes pour le prochain spectacle « Robin des Bois ».
Alors pourquoi continuer avec Anne de Guigné puisque je n’y ai plus d’enfant ?
Je suis en désaccord avec les orientations de notre société : vulgarité, médiocrité, consumérisme, perte d’espérance, eugénisme. Le modèle actuel court à sa perte.
Ne perdons pas de temps à lutter contre mais préparerons le monde qui vient en formant des hommes et des femmes qui sauront tenir la barre joyeusement, même par gros temps.
Je suis fières d’eux
car au fil des spectacles,
je les ai vu s’ouvrir et grandir.
Cela requiert une éducation solide et exigeante qui s’appuie sur les matières académiques pour aller au-delà.
L’éducation par les Arts du spectacle est complémentaire d’une éducation académique : elle développe la confiance en soi, la liberté par rapport au regard des autres, la prise de parole en public, le dépassement de soi, le travail en équipe, la tenue du corps, l’autonomie, l’attention aux autres, le chant, la danse.
Nous avons la même intuition que la « Puy du Fou Académie » : éduquer par le Beau, le Bon et le Vrai pour former les « honnêtes hommes » et les « honnêtes femmes » de demain. À Anne de Guignée, nous rajoutons « ancrés dans la foi ».
Comment mon travail de costumière y contribue…
– Intégration, quelle que soit la situation de l’enfant (âge, handicap) sauf si l’enfant bloque. Cela oblige à concevoir 1 costume pour chacun. Dès que l’enfant est en capacité, il sort du décor pour devenir acteur.
– Autonomie : chaque enfant a sa boîte nominative avec son costume. Au bout d’un an, dès le CP, il sait gérer seul sa boîte, ranger son costume ou ses vêtements dedans pour maintenir l’ordre en coulisses. Rapidement, il se costume seul, n’ayant besoin que de rectifications.
– Histoire et respect des anciens : en costumant les enfants, je leur explique les techniques textiles, l’histoire du costume en général ou de la pièce (souvent unique) qu’ils ont entre leurs mains (héritage, don, prêts, reconstitution).
– Recyclage : nous n’avons quasiment pas de costumes prêts-à-porter trop souvent entachés d’anachronismes. Un costume est « monté » sur l’acteur à partir d’éléments trouvés en recyclerie ou prêtés.
– Beauté et Confort : tous doivent être beaux sur scène, « méchants » et « mendiants » compris. Si certains costumes, beaux en soi, ne correspondent pas à l’enfant, je les reprends.
Pour bien jouer, un enfant doit être confortable.
Les enfants sont comme un bouquet de fleurs en boutons. Ils doivent oser ouvrir leur pétales pour offrir au monde leur couleur et leur parfum unique. Je les enveloppe du costume qui leur correspond, je les poste devant un miroir et presque sans mot, je leur montre « Tu as vu comme tu es beau ? Vas-y ! Tu peux déployer ton talent ! »
Immédiatement, leur jeu d’acteur s’améliore.
Bouquet final
Quand enfin, tout le monde est costumé en coulisse, les spectateurs sont dans la salle, il ne reste que quelques minutes, je rassemble les enfants et nous prions. Nous remettons tout cela au Seigneur. Parce qu’au bout du bout, nous ne faisons pas cela pour nous. Nous faisons cela pour le Seigneur, source de toute beauté et de toute bonté. Alors, le stress de rater peut se transformer en jubilation de faire partie d’une grande aventure.
Et quand tout est fini, qu’ils ont été applaudis, félicités, ils sont fiers du bien accompli.
Et moi, je suis fières d’eux car au fil des spectacles, je les ai vu s’ouvrir et grandir. Là, c’est moi qui jubile !
Ils ont expérimenté qu’à plusieurs, avec du travail et de la persévérance, l’audace de rêver grand, la confiance dans les adultes, qu’on soit petit ou grand, fort ou fragile, handicapé ou pas, même sans beaucoup de moyens, on peut accomplir de belles choses et contribuer au bien commun.
Une seule condition : être des enfants de bonne volonté.
